Théorie Moderne de la Monnaie : La suite

Wandebrouck – Conférence sur la Monnaie Locale – Version complète

Article en réponse à Raymond

L’idée de la TMM est de créer de la monnaie par les banques centrales, plutôt que des banques privées, à partir de rien, sans limite.

Les problèmes que cherche à résoudre cette théorie ont deux causes :

  1. Une économie qui entre en récession et ce malgré une création monétaire massive des banques centrales envers les actifs de la grande finance – qui “devrait” relancer la croissance, et créer de l’inflation, mais ne le fait pas. C’est ce qu’on appel le “Quantitaitve Easing”.
  2. Le déséquilibre budgétaire des états hyperendettés, confrontés à la fois à la baisse de leur revenus pour cause de récession et l’augmentation de leurs dépenses. Notamment par le poids de la dette, le gaspillage, l’incompétence et l’achat de paix sociale avec l’argent des contribuables. “Ca ne coûte rien, disait Hollande, c’est l’état qui paie”.

Remplacer la dette avec intérêt envers des banques privées, par une dette sans intérêt envers la banque centrale publique semble plutôt souhaitable. Mais de nos jours, les taux sont déja au plus bas voir négatifs – ce qui est d’ailleur en train de ruiner les banques et coincer les petits épargnants.

Un état hyperendetté est un gros problème, parce que tôt ou tard, quelqu’un va devoir payer. Quelque soit la façon dont la dette va exploser, le peuple va en souffrir, et probablement les plus pauvres plus que les autres.

Alors, quelles sont les “options” ?

1. L’austérité.

On entame des restrictions, on dépense moins et on rembourse la dette petit à petit jusqu’à s’en libérer. Ceci fonctionne bien quand la dette est faible et que l’économie tourne correctement. Quand la dette est monumentale comme c’est le cas de nos jours, cela cause une récession qui détruit l’économie et fait souffrir tout le monde, tout en réduisant les capacités de remboursement, ce qui va l’encontre du but visé.

2. Ne pas rembourser.


C’est ce qu’on appelle « défaut de paiement », ou faillite de l’état. A première vu, ca peut sembler être justice de ne pas rembourser des banques qui ont prêté des fonds qu’elles ne possédaient pas. D’autant plus que si les banques font faillite, on peut les nationaliser pour un euro symbolique, et se réaproprier le système bancaire.

Tous les actionnaires de ces banques perdraient alors leurs fonds, et pas seulement les milliardaires – les moyens et petits épargnants aussi. Mais admettons que ces derniers soient très minoritaires et qu’on se débrouille pour les rembourser. Il reste que, étant donné que les assurances vie sont avant tout des emprunts d’état, la faillite spolie directement tous les petits épargnants et les livrets A.

On peut décider de rembourser uniquement les assurances vie, pour protéger les petits. Mais on a là des masses d’argent-dette créées à partir de rien, mêlées à des masses d’épargne privée venant de travail réel. Il n’est pas évident qu’on puisse toujours faire la différence.

Enfin, un état en défaut de paiement perd sa capacité à commercer avec les autres états, parce que la confiance est détruite. D’autant plus si la dette de l’état en faillite était détenu par des pays étrangers qui se retrouvera eux aussi spoliés : bref, un dur moment diplomatique en perspective.

3. La fausse monnaie d’état.


C’est ce qu’on appelle « faire tourner la planche à billets” ou… la TMM. C’est quasiment tout le temps la solution choisie, parce qu’elle est facile à faire accepter par le peuple, en prétendant qu’on va tous avoir de l’argent gratuit tout en dissimulant à la fois le problème et les auteurs du crime.

Le problème de cette approche, c’est que créer de la monnaie à volonté, de façon massive, ce n’est pas créer de la richesse.

Si on double la quantité d’argent en circulation sans augmenter la quantité de biens disponibles, les prix vont simplement doubler.

Les partisans de la TMM font observer que l’inflation prédite en Europe et aux Etats-Unis avec leur quantitative easing ne se produit pas, donc tout va bien et on peut maintenant imprimer à volonté, et c’est là l’idée. Mais c’est simplement que l’hyperinflation se produit là ou les masses monétaires s’accumulent – c’est a dire, les circuits de la finance.

D’ailleurs, l’inflation est elle aussi présente sur beaucoup de biens de consommation courante. Voir les prix du gasoil, du gaz, de l’électricité, des transports, des timbres, etc. Les politiciens nous produisent des chiffres d’inflation très bas uniquement parce qu’ils ne sélectionnent que des produits à prix stables dans leur calcul. Un classique.

Ce n’est pas que la création monétaire soit mauvaise en elle-même. Utilisée à bon escient, pour le bien commun, c’est positif. Mais il reste que toute création de monnaie à partir de rien diminue d’autant la valeur de la monnaie, c’est un impôt caché qui frappe tout le monde proportionnellement à la quantité d’argent détenue par chacun. La création monétaire massive spolie les petits épargnants, y compris les plus pauvres, et finit par détruire la monnaie, puis l’économie.


Il faut bien regarder à quoi va servir l’argent créé. Si c’est pour créer de l’infrastructure utile (routes, hôpitaux, école, industrie éthique, ou autre), alors cette taxe invisible (une chose mauvaise à priori) aboutit à une création de richesse et d’emploi (une bonne chose). Bilan positif, si c’est fait de façon compétente et responsable. Si la monnaie est créée pour maintenir une paix sociale artificielle, ou acheter des voix pour les prochaine élections, ou « récompenser » les gros donateurs de campagnes électorales, ou rembourser les intérêts d’une dette monumentale, ou financer des guerres post-coloniales, alors on est dans une solution très toxique, qui finira mal.
Dans un contexte de forte croissance économique, il est concevable de créer de la monnaie en proportion de la création de richesse, pour maintenir la valeur de la monnaie la plus constante possible, déflation et inflation étant toutes deux nuisibles. Mais nous ne ne sommes plus dans un contexte de croissance, quoi qu’en disent nos élites aveuglément malhonnêtes.

La solution 1 (austérité) conduit à la destruction de l’économie.
La solution 3 (fausse monnaie d’état) conduit à la destruction de la monnaie.
La solution 2 (faillite) à la destruction de l’état et de l’économie.

Puisque 2 est inacceptable pour les états et les banques, aprés avoir beaucoup tergiversé entre 1 et 3, nos élites se sont finalement décidées pour la solution 3, la création monétaire massive, pour sauver l’économie en sacrifiant la monnaie. C’est ce que le Parti Démocrate américain formalise et appelle, dans son jargon politiquement correct, la Théorie Monétaire Moderne, la TMM.

Nous n’aurons donc pas d’effondrement économique jusqu’à ce que l’effondrement monétaire inévitable se produise. Inutile de préciser que l’effondrement monétaire entrainera l’effondrement économique qui nous pend au nez de toute façon.

Pour conclure, maintenant que nous avons des états surendettés, sur-malhonnêtes et une décroissance économique inévitable, il n’y aura pas de solution miracle pour atterrir sans douleur. Développons alors notre propre résilience et nos propres réseaux de solidarité, parce que les états vont nous abandonner quand viendra l’heure de payer. Ils ont déja commencé.

Pour ceux qui veulent approfondir, voici quelques liens vers des articles sur le sujet. Une recherche rapide sur un moteur de recherche vous en amènera plein d’autres.

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/la-theorie-monetaire-moderne-fausse-theorie-mais-vrai-impot-1032433

https://www.lemonde.fr/idees/a2.htmlrticle/2019/08/18/gilbert-blardone-la-theorie-monetaire-moderne-libere-de-la-peur-de-l-endettement_5500417_323

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