5 Questions à ... Le Sanglier Jaune

La Résistance autrement en France”

Salut Myriam et le Canard et merci de ces quelques bafouilles par chez vous !

Avant de répondre directement à ta première question je tiens à souligner qu’effectivement si ma chaîne à pris comme slogan « Résister autrement » depuis l’été dernier s’est pour proposer d’autres méthodes, d’autres réflexions et horizons que l’angle d’attaque classique des militants à pleins temps que l’on connait. Je précise que tout cela est complémentaire et qu’ à mon sens, toute lutte ou action est utile, tant qu’on ne s’entête pas et que l’on ne se déconnecte pas du réel.

Question 1 : Que penses-tu des différents mouvements sociaux en France et essentiellement dans le contexte sanitaire actuel ?

 

Les gilets jaunes m’ont fait « sortir de ma forêt », avant ça, je n’étais impliqué dans aucunes luttes ni aucuns mouvements d’aucune sorte.

Les gilets m’ont fait rêver, et j’ai passé plus d’un an au service de l’information citoyenne et à la mise en valeur du travail de ces Monsieurs et Madames tout le monde qui s’affairaient à essayer de le changer, ce monde.

Il y a partout dans le pays des initiatives de mouvements magnifiques, mais le principal problème des mouvements sociaux en France, c’est qu’ils n’ont pas compris que les GJ avaient vocation à les rassembler tous, pour aller au bout.

On a manqué de temps, d’organisation, de communication efficace, on a subi une médiatisation mensongère, des violences et une répression inouïes, bref, je me rassure en me disant qu’on a préparé le terrain. On s’est rencontrés, on s’est rendu acteurs de nos vies, et c’est déjà extraordinaire.

Cependant, dans le contexte sanitaire actuel, même si les raisons de se soulever contre nos dirigeants et nos multinationales n’ont jamais été aussi grandes… ce n’est pas le moment.

C’est totalement contre-productif et nous enferme vis-à-vis de la majorité de la population, il serait bon de s’y prendre autrement.

Question 2 : Quelles ont été les causes de ton changement de vie ?

 

Il y en a eu plusieurs. J’ai toujours été attiré par une vie loin des grandes villes, à l’ancienne, comme on dit. Mais dans ma vie d’avant j’étais musicien, avec un groupe en tournée 3 mois par an en moyenne. Ce qui ne me laissait pas le loisir de trop m’éloigner de zones où je trouvais facilement du boulot, en intérim la plupart du temps.

Mon implication avec les GJ et la création de la chaîne m’ont fait totalement revoir mes priorités de vie. M’éclater en tournée avec les potes en pratiquant ma passion est devenu futile, comparé à l’ampleur de la tâche pour faire avancer les choses et mine de rien, du poids de la responsabilité que j’ai ressenti.

Je l’ai ressenti au travers du soutien des activistes qui s’informaient, qui trouvaient un souffle, une énergie, une réflexion grâce au travail proposé.

De fil en aiguille, assez rapidement, j’ai cherché une équipe dans des zones reculées avec des volontés d’incarner le changement, la relocalisation que nous revendiquions.

J’ai quitté la côte d’azur pour les plateaux d’Ardèche ! C’est grâce au travail et au réseau depuis la chaîne que j’ai trouvé cette confiance et cet échange d’énergie là où je suis aujourd’hui.

Question 3 : En passant d’un média citoyen sur le terrain à un média qui crée son terrain, que veux-tu – toi et ton équipe – démontrer à la population française ?

 

Haha ! J’aime beaucoup la tournure de ta question ! Même si « démontrer à la population Française » est un poil prétentieux !

En partant du constat que l’état du mouvement ne justifiait plus une activité aussi intense que la première année de la chaîne, c’est basculer de « revendiquer les choses » à « faire les choses ».

Tout simplement en fait.

Pour étoffer un peu ma réponse, on s’est demandé concrètement quel pourrait être notre message, notre ligne. Cette ligne continue d’évoluer et s’éloigne un peu du noyau des rescapés « actifs /militants » depuis que l’actualité s’est emparée de la science.

J’ai vu beaucoup d’incompréhension du monde de la recherche, trop de prises de positions colorées de biais cognitifs qui ont poussé bon nombre à soutenir des faux amis, bonimenteurs manipulateurs. Il y a donc ici un vrai travail à faire.

On a l’habitude de voir des « scientifiques en foulard » ou des têtes d’ampoule chétives vulgariser la science depuis des « bibliothèques » (comme dirait Homer S.)

Alors en réponse, essayer en quelque sorte d’incarner un gueux, un paysan qui fait l’effort d’aller vers la science pour la comprendre une hache à la main… pour le premier qui chercherait à l’avoir d’un sophisme !

Notre message :

« Faire les choses par nous-mêmes et bien les comprendre ! ».

Question 4 : Peux-tu nous expliquer ce qu’est le volontariat solidaire ?

 

Le volontariat solidaire est une forme un peu différente du bénévolat, en l’état actuel des choses il faut que ce soit une activité reconnue d’utilité publique. Tu peux percevoir une indemnité de subsistance, qui n’est pas considérée comme un salaire et tu ne dépends pas du code du travail.

Mon objectif serait (vu le contexte actuel) de faire reconnaître l’aide envers nos paysans, nos artisans, nos petits commerçants, d’utilité publique.

Concrètement, un agriculteur est en train de crever, il a besoin d’un coup de main, il est incapable de prendre en charge un salarié déclaré. Au lieu d’aller bosser au black, on fait du volontariat solidaire. 

Cela permettrait à des personnes sans emploi, d’aller donner un coup de main sans contraintes et sans relation subordonnée à des acteurs locaux en train de mourir.

Bien sûr, ce n’est pas une solution viable sur du long terme, et cela demande un engagement de confiance de chaque partie. Mais c’est un excellent moyen de re créer un lien que nous avons perdu, en cas d’effondrement, c’est notre voisin qui peut nous sauver la vie. Et je trouve que les militants doivent beaucoup plus se mélanger aux milieux paysans pour rester un peu les pieds sur terre et puis… c’est seulement eux (les paysans) que redoutent vraiment les CRS…

Question 5 : Quel message aimerais-tu faire passer pour inciter à un changement sociétal positif en France ?

 

Avant tout je tiens à différencier 2 choses.

D’une part un mouvement spontané type révolutionnaire comme le début des GJ où on sent que c’est peut être le moment, il faut foncer avec nos tripes, sans se poser trop de questions quitte à tout raser pour reconstruire.

D’autre part, un engagement sur du plus long terme et là je pourrais résumer en trois points, et une conclusion :

Le premier, serait de prendre le temps de la compréhension, de l’étude des problèmes, des paramètres. Un militant qui manifeste pour une cause qu’il n’a pas bien comprise et pour laquelle il part en croisade, ne sera pas pris au sérieux et finira par décrédibiliser sa cause.

Le deuxième : « ne pas se perdre dans une lutte ». Trouver quelque chose qui nous corresponde, qui nous plaît, qui nous permet de nous épanouir et de bien s’entourer.

Le troisième serait de montrer l’exemple. D’un jour sur l’autre, d’une semaine sur l’autre, chercher à progresser soi-même. Ne pas chercher à donner des leçons aux autres, juste des échanges ouverts en essayant de répandre une bienveillante confiance en soi.

 

Notre monde est fou, il marche sur la tête et cela va nous rattraper. Dans combien de temps ? Je n’en sais rien, et je fuis les discours catastrophes du genre « il faut bouger les gens ! c’est maintenant ou jamais » « tout va s’effondrer il faut les réveiller » !!!

Après tout, si la seule chose qu’on est capable de leur proposer… c’est de se « réveiller » …

Alors mon message est celui de se battre avec notre cœur, nos tripes, notre esprit critique, à ciel ouvert pour que ceux qui nous observent, aient collectivement le choix quand ils auront leur destin en main : Nos enfants. Je ne vois pas d’issue radicale avant au moins une génération. Ce qui, je tiens à le dire, ne me décourage pas du tout, c’est un très beau combat.

 

Propos recueillis par Myriam POMMELEC – Février 2021