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Il faut se le rappeler chaque matin : nous ne vivons pas une époque normale. Notre quotidien est une chose nouvelle dans l’histoire humaine. On ne fait qu’improviser dans une société qui nous dépasse totalement.

Avouons donc un premier secret : on est de grands paumés. Sauf qu’à la différence des gens de l’époque précédente qui pouvaient être perdus une vie entière, nous avons en face de nous la certitude d’un effondrement de civilisation.

Parce que oui, nous avons vu Pablo Servigne sur Thinkerview. Nous savons ce que pic pétrolier et club de Rome signifie. Et ça ne s’oublie simplement pas.

Maintenant nous savons : il y aura un avant et un après « nous ». Et il s’agit là d’un commun d’époque et non de génération. Nous sommes tous, vivants, désarmés face à ce constat.

Deuxième secret que nous partageons : notre décennie est décisive – et nous n’y sommes pour rien. On aurait aimé que les choses soient différentes – mais nous ne sommes que des héritiers.

Ce que nous faisons aujourd’hui de notre temps libre sera déterminant pour les siècles à venir.

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Pour une fois, assumons la gravité de notre temps : c’est à nous de sauver le monde.

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Bon. Nous voilà dans de beaux draps ! Et dire que certains profitent du tragique pour ne rien faire ! Ou plutôt, pour se – laisser faire :

« Que peut-on faire ? Il faut bien travailler, il faut bien consommer – ça crée de l’emploi ! » « Oh tout de suite la catastrophe ! N’exagérons pas ! Non, disons… Mutation ? »

Voilà ce que disent les à-quoi-bon-istes, avec leurs petites phrases à la con qui se marient si bien avec les pantoufles. Et ils laissent, sans remord ni regret, les pires choses arriver, à eux, à leurs proches, à leur monde. Ces fous.

Voici leur promesse : une vie individualiste dans une société moribonde, mécanique, vidée d’humanité.

Une société déplorable, non seulement parce qu’elle nous condamne tous, mais parce qu’en terme de bonheur, elle est à mille lieux de cette espérance de la communauté humaine que nous touchons, parfois par fulgurance, lors de nos manifs, nos désobéissances, nos conversations tardives…

Dernier secret qui nous lie, toi et moi : nous sommes en mouvement parce que nous refusons le rêve de la société de consommation. Nous ne croyons plus à la berceuse de ceux qui nous enjoignent d’aller dormir dans un lit en flammes.

Nous sommes des révolutionnaires ; alors avouons le une fois pour toute : notre énergie du quotidien, on la tire du plaisir de l’action collective, du sens dans la communauté, de cette contre-culture que nous parvenons à construire ensemble.

Nos activités politiques sont le résultat de notre volonté de bonheur.

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Alors, qui sommes-nous ?

Des belles âmes animées par cet espoir étrange qu’on cultive sans vraiment le dire, un espoir qui s’exprime peu et s’avoue toujours à moitié.

Un espoir poétique que la politique transforme bien trop souvent par ses mots en utopie, en projet, en technique.

Puis merde !

Allons jusqu’au bout de notre aveu : cet espoir est sans doute la dernière spiritualité qui parvient à trouver un précieux, un puissant, un fabuleux écho.

Et ça, on ne l’abandonnera jamais.

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Que 20 personnes s’unissent à Guingamp, à Lannion, à Rostrenen pour affronter la société capitaliste m’a toujours semblé un peu étrange.

Certains sont déçus de ce spectacle. Mais comment imaginer une révolution différente ? Il s’agit là d’une aventure humaine inédite pour nous, qui sera faite de conversations, d’amitiés et d’échecs. Notre avenir n’a rien a voir avec Netflix : ce sont nos vies, rien d’autres, qui soudains se mettent en mouvement.

Et si cela semble inconcevable, c’est qu’on a perdu certains choses – en nous .

En y pensant, une petite phrase se balade dans mon esprit. Des mots simples que j’aimerais prononcer un jour avec vous :

« Je n’ai plus honte de l’humanité »

Vous imaginez un truc pareil ?

Ne plus avoir honte de l’humanité…

Même dans le doute, ça se tente…

Allez ! Nous avançerons d’un pas vers l’avenir à chaque bonheur partagé, à chaque solidarité reconquise – et pour le reste, nous verrons bien…

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Non, vraiment, ce serait génial un truc pareil ?

Ça vous dit, on tente le truc, ou bien ?

Yohan