Gestion du Covid : Les contradictions néolibérales de l'Union Européenne

Au moment de sa création, lors des traités de Maastricht en 1991, l’UE exhortait les pays de l’Est à la rejoindre, scellant ainsi la solidarité et la paix entre les pays européens grâce à la coopération des économies capitalistes. Il fallait s’y attendre, l’Union Européenne n’a pas su faire face à l’actuelle crise sanitaire du Covid 19. Au lieu de l’entraide collective que nous nous attendions à voir, au lieu d’un emprunt collectif proposé par les pays du sud, a été mis en place un plan de relance européen largement dicté par les intérêts des pays les mieux lotis.

Envolées les promesses de coopération, disparues les valeurs de solidarité. L’heure est à l’austérité dans de nombreux pays, où les dirigeants européens agitent le spectre de la dette publique.

Malgré sa puissance économique, l’Union Européenne est traversée par de nombreuses tensions entre les pays, à cause de la difficulté à adopter un plan de relance européen. 

La CEE (Communauté Économique Européenne), avant de devenir l’UE en 1992, prend un tournant néo-libéral dans la décennie 1980, incarné par la signature de l’acte unique de 1986 (par Mitterrand en France et par Thatcher en Angleterre). Un idéal est instauré : celui d’une société fondée uniquement sur l’omniprésence du marché et la libéralisation des services publics.

Ainsi, depuis plusieurs décennies, les gouvernements français ont successivement contribué au dépouillement de l’hôpital public, politique qui a permis, entre autres, le développement incontrôlé d’épidémies tel le Covid 19. La mise en place de la tarification à l’acte en France est un autre exemple éloquent de la marchandisation de l’hôpital.

Pourtant, les questions de santé publique sont du ressort des États membres de l’UE : si cette dernière est en partie à l’origine de la marchandisation des services publics, elle ne peut intervenir qu’en complément des politiques nationales et doit encourager la coopération entre les États.

Or, il est utile de rappeler à quel point l’impact de la pandémie a été différent selon les pays. Certains pays, tels que l’Espagne ou l’Italie subissent un choc de grande ampleur, atteignant respectivement presque 30 000 et près de 35 000 décès. L’impact est aussi économique, puisque l’Espagne enregistre une chute de 12,5 % du PIB et l’Italie de 11,5 %.

Selon un article de Médiapart, l'Italie risque de s’écrouler sous des endettements insoutenables si aucune aide ne lui ne lui était apportée.

En ce sens, il est paradoxal de constater d’une part la destruction par l’UE des services publics et d’autre part l’inertie politique de cette dernière face à une crise sanitaire d’une telle ampleur.

Alors que l’Italie ou l’Espagne, auraient besoin d’un sérieux coup de main, les pays  « frugaux » refusent l’adoption du plan à 750 milliards d’euros, proposé par  M. Macron et Mme Merkel. En effet, les Pays-Bas, la Finlande, l’Irlande ou encore l’Autriche ont négocié leur contribution budgétaire à la baisse, les rabais allant de 22 % pour les Pays-Bas jusqu’à 138 % pour l’Autriche. 

Le résultat des négociations est donc la mise en place en juillet d’un fonds de relance mutualisé s’élevant à 390 milliards d’euros, qui seront directement empruntés sur les marchés financiers. Les autorités européennes clament haut et fort la réussite d’un accord « historique » et salutaire. 

Or, l’accord fait difficilement consensus, en raison de l’omniprésence des intérêts des pays du nord dans la conception de celui-ci. Si ce plan apparaît comme un cadeau pour les pays, les dirigeants européens ont par ailleurs insisté sur la nécessité de mener certaines réformes clés afin de promouvoir le libéralisme et le libre-échange. Ainsi, les réformes des retraites ou de la Sécurité sociale sont des conditions nécessaires pour pouvoir faire la demande des fonds d’aide. Cette contrepartie met en lumière l’austérité qui se profile dans l’UE, reproduisant ainsi inévitablement le schéma de la crise de 2008. La parenthèse des investissements pour contrer le Covid-19 se referme brutalement. 

Après le chant victorieux de cet accord, nos oreilles frissonnent à l'idée d'entendre le fameux refrain sur la dette, argument phare des néolibéraux pour la baisse des dépenses publiques et donc les réformes de recul social.

Les économistes néolibéraux, pour faire valoir cet argument, font le ratio PIB d’un pays / dépenses publiques.

Or, un État se différencie d’un ménage en ce qu’il est continu, et qu’il peut rembourser la dette sur le long terme. Selon les “Économistes Atterrés”, un État doit avant tout comparer les taux d’intérêts sur les marchés financiers et le taux de croissance économique. Quand le second est supérieur aux premiers, les recettes sont plus grandes et donc la dette devient soutenable.

La France emprunte par exemple à des taux très bas (comme 0,5 %). Mais comme les traités de Maastricht interdisent à la Banque centrale européenne d’être garante de la dette (c.-à-d. acheter des parts de dette à un certain moment), les dettes publiques s’envolent vite et les taux d’intérêts augmentent. La capacité des pays à rembourser les emprunts est mesurée par les agences de notations. 

En fonction de la note que celles-ci leur attribueront, les marchés financiers décideront d’augmenter les taux d’intérêts ou non.

Ainsi, les traités de Maastricht paralysent la BCE et donc la possibilité d’investir dans les services publics, même quand ils nous seraient les plus bénéfiques.

Image : Midi Libre

Cette gestion de la crise sanitaire efface tout espoir de modification du système économique et social dans lesquels l’UE est engluée, d’une garantie sanitaire ou de mesures humaines et justes. Gangrenée par les intérêts du Capital, l’Union Européenne est incapable de mettre en place le plan de relance économique nécessaire qui permettrait de parer une nouvelle crise européenne comme celle de 2008. En soutenant de manière acharnée la croissance et le secteur privé à travers une stratégie de l’offre, l’UE omet la croissance vertigineuse des inégalités qui s’ensuivra, et la recrudescence de cas de Covid-19 que cela provoquera.

 Louis – Novembre 2020